Espoir & Horreur du Vide
Les Formes de l’Eau
Je suis d’origine bien trop ancienne
pour conter encore des mensonges
à mon escient.
Aux jours d’il y a longtemps,
ceci fut écrit sur une perle de larme
derrière le masque blanc d’une âme grise.
Ce fut si peu, ce fut si tard …
comme les délicats flocons
d’une chute de neige au cœur du feu de l’enfer.
Le ruissellement sans fin d’une obscurité verte
courait sur les squelettes opaques battus par les vents.
A fleur de peau, à fleur de peur
une émotion splanchnique de langueur vagale
donnait la vie à des liqueurs à la pâleur d’opale.
Puis...
Çà commença par les yeux.
Çà commencerait toujours par les yeux,
comme le nuage bleu de l’encens du désir
ou la pluie soyeuse dans les plis de la Veuve noire.
Advint donc un sourire au milieu de l’océan d’ennui.
La Fille aux Yeux d’Or venait d’étirer son regard au souffle
immobile
et sa bouche s’en amusa bientôt
prolongeant l’instant d’ébahitude
des foules hyéneuses ici assemblées,
explosant leurs jadis, implosant leurs présents.
Ces oublieuses du monde,
dédaléennes emmoitées et
rutentes,
se mirent en branle joyeuse laissant là
leurs irrumations libertaires d’absurdettes endettées
comme si la possession n’avait jamais existé.
Le ciel du soir tourna au vert et or
d’un clair vent clairvoyant.
Dans les jardins de désolation, leurres déchus,
les fleurs se mirent à poétiser des mots bleus de
retrouvailles.
Des roses d’un rouge citron
aux effluves pimentés de petites dakini flamboyantes
parèrent d’une tintinnabulation de lumière
les fenêtres aveuglées
des vétustes tanières vérolées
Ils érigèrent de fières machines à prière
de granit et de pierres
aux carillons d‘ivoire camphré
puis, les parèrent d’ailes d’oiseaux de poings
dressés à caresser avec soin les vents chafouins...
Depuis quand des bribes d’arpèges du Cithare Joueur de Courant
d’Air
arrivaient-elles d’un lointain voisin
avant que ne s’immensifie aux infinis leur ruée
polyphonique ?
Nul plus tard ne sut le dire, mais quelle importance
après l’obsession de la tragédie agonique des transes ?
Au-delà de la peur et du désir, du plaisir et du désespoir,
tout serait désormais dans les Formes de l’Eau.
****
A ceux plus sombres que le bleu
Oublieuses du monde,
dans le jade de jadis des eaux de lune
elles regardaient à travers les choses
les squelettes peints sur la peau noire des femmes
amoureuses de l’amour des opposés jumeaux.
Filles-filaments concocteuses de tempêtes,
les arbres-larmes poussaient à leurs paupières
honteuses d’épineux regrets aux roches de coton doux
Défiant le dessein des sphères
sans considération de race
elles peignaient avec la lenteur d’une crampe d’ennui
les grandes pierres sonnantes
de tombeaux chevelus aux tignasses ébouriffées
car les foules trahissent toujours.
La preuve par le miel,
le miel des membres des femmes,
le miel des immenses aires laiteuses du silence.
Du silence vert de bambou humide et végétal
au lent ruissellement de lait caillée de la joie
d’où jaillit l’orgasme de la lune
en étoiles filantes pleines de démence rieuse
dans l’immensité d’un nord fou plus joyau que joyeux.
Luminosité de l’obscurité
ou
obscurité de la luminosité,
la lumière est vide.
Brusques trouées ... éclairs
explosions, tortures et spasmes
Haine pour aime, saigne
quand les chagrins se grisent.
Personne ne se met en route, jamais.
Jamais personne ne va nulle part.
Tout est déjà nulle part.
Nulle part.
La fin aussi, visible mais oubliée,
aux fins fonds des cavernes dédaléenne de la réalité
de ceux plus sombres que le bleu.
****
Dans l’essaim de ses yeux
Il voit la fille aux seins bleus
passant derrière la fenêtre de sa salle de bain
tel un adagio de rochers h’mong.
Sentiment fugace d’être en vie.
De quelque part à partout rien jamais ne bouge.
Des
lucioles irritent la vulve de cette nuit irisée
pleine
de monologues rythmiques et frictionnels
Sous les rides vagues d’un ciel violet
la vie s’égoutte au travers du matelas
en langoureuses larmes d’huile.
Il est de ces lieux où les nénuphars galopent
comme l’amour sous une vigne verte,
où les eaudeurs de l’ointe lointaine s’immensifient
« jusqu’à
ce que nos larmes empesées prennent parfum d’orchidée,
jusqu’à
ce que nos os liquéfiés se réduisent en cendres,
jusqu’à
ce que nos cris annoncent la fin des temps. » (*)
jusqu’à l’empire fugace des instants de plaisir.
En gerbes d’étincelles nues,
éréthisme hérétique d’une éponge bleue de miel,
la bougie s’endort dans ses coulures de sperme.
L’amour, le sexe
et les disputes
et les rêves
et les discussions sans fin...
la
main-tenant-tendue...
Une violente viole violente ses tympans
faisant jaillir un orage de corail incandescent
dans l’essaim de ses yeux.
(*) Anne Archet / Retailles d’hosties
****
L’eau est un rêve de moulin à poivre
Dans les eaux sales des rayons
du soleil bleu vert d’un permanent hiver
les balafres verdoyantes de la terre
ourlées de vagues en houle paisible
virent au cramoisi cendré
au son liquide et collant
de longs frissons telluriques.
Argile rouge. Poussière rouge.
Lumière d’un gris vert tressé de bleus
sur le verger où les fruits hurlent lorsqu’on les cueille
comme les fleurs sous une pluie de gouttes de lune ;
et l’étoile du berger n’en sait rien.
La fille en robe blanche
à la fragrance de pucelle en rutense
traverse le miroir d’eau de l’adolescence
en criant dans le vide pour n’avoir plus d’âge.
Des murs aux friches d’affiches
enfouisseuses d’illusions multicolores
exhibent dans des impressions d’espace
le cirque de ténèbres
du néant de la vie.
De quelque part à partout
rien jamais ne bouge.
Rien jamais ne bougera.
Nirvana de nullitude
des vagues grises s’abîment sur le rivage
sous un vieux reste de lune.
L’eau est un rêve de moulin à poivre.
****
Cracher dans le cœur des roses
Vers un ciel écumant de nausée sirupeuse
le loup des lunes vocifère
d’une voix de castrat aux sanglots ensanglantés.
Il hurle dans le vide pour n’avoir plus d’âge.
Le soleil en réponse jette sur la mer
ses mille clignotements
tintinnaburlesques.
et
les génitoires du vent laissent filer
la vaseline glutineuse du désir.
Dans les caves des durs idiots de pierre
aux vies qui se consument d’inexistence
se forge le grincement décharné, déglingué
des fleurs de haine de leurs gueules stériles
aux sourires d’hébétude
hyéneuse.
Société d’écervelés, société décervelée,
Feinte dolence de l’adolescence,
délicate ingérence
égérique,
la petite fille au revolver voulut lutter.
Tactisme ou tropisme d’une voie exsangue
après son sang de rue sur les pavés,
la voici vouée aux pochoirs de murs tagués.
Art tout autant éphémère
soumis au lent ruissellement
d’un silence humide et végétal,
nirvana de chutes d’eau,
patience de sapience.
Au Village ou ailleurs, l’horizon déraisonne.
Hank
Chinaski, Jack Duluoz & Pollock
Jackson
ont fourbi leurs vies de pygmées titanesques
aux alcools où ils trempèrent l’acier de leur art.
Emporté par les fleuves de nulle part
entre solitude et grotesque,
il n’y a qu’un endroit où finir toute chose
sans
cracher dans le cœur des roses.
****
Déchirantes indécences
Les courbures du temps
implosent dans une vague indigo
le cancer labyrinthique
d’un sombre bloc de pierre
égaré sur une motte de terre gigantesque
venue d’un ailleurs de n’importe où.
Dans une profonde flaque de soleil
sous la musique des élixirs d’étoiles
l’eau ne s’écoule que dans un sens,
De folles adventices invasives
aux verts millions rutilants
montent à l’assaut du mur de tranquillité
et lui donnent un rare sentiment de calme.
A l’abri de l’ouvrage, assise
à déchiffrer le langage des pierres,
la sulfureuse mère vengeresse
aux yeux d’oiselle folle,
pénètre le cœur des failles
où les âmes défaillent.
Liseuse des éléments,
ces contes de fées d’Eros,
elle retaille en belles de lune,
les tièdes cendres bleues
de pâles comètes cosmiques
pour exsuder l’extase en
déchirantes indécences.
****
Les yeux morts au milieu de nulle part,
il reste encore les
portes bleues
du rêve de pistole des sexes de pixels.
La virgin Virginie en nie l’ennui la nuit
preuve par le miel à l’appui
lorsqu’elle veille
au son d’une valse vieille,
vieille comme le monde
et qu’elle immonde
sans se cacher
ses doigts archets
de l’eau dolente de l’adolescence
une fois vaincue sa somnolence
par le flux laiteux de lumière bleue.
Cette femme elle la voit, elle la veut
Elle s’avance un peu vers l’image
reçoit son doux message.
Cela lui fait drôle.
Elle se frôle,
Elle insiste,
aucun doigt ne se désiste.
Elle suit à la lettre
la leçon de l’étrange fenêtre.
Elle se cherche.
Elle se dépêche.
Elle se trouve.
Elle approuve.
Elle se
déstresse.
Elle se tendresse.
Elle s’abandonne.
Elle fredonne.
Plus rien ne la prive.
Et ce qui doit arriver arrive,
elle part à la dérive...
Elle reste là sur l’autre rive,
à se rêver un peu
le cœur amoureux
d’Elles,
les yeux morts au milieu de nulle part.
****
Aux lézardes des murs
Cette nuit avait été de si grande attente.
Cette nuit là,
je marchai seul le long des rues. Soudain,
elle était apparue à la fenêtre de sa salle de bain...
J’avais attendu longtemps planté là sous l’abri bus.
Elle était sortie de chez elle,
m’avait tendu sa main : « Viens... »
Cette nuit là,
son sexe commençait à sauner
lorsqu’elle se redressa
et me dit :
« C’est fini.
Tout est bien.
Désolée,
je n’irai pas plus loin.
Pars.
Maintenant. »
La Louve se rhabillait.
J’ai demandé :
« Pourquoi ? Dis, pourquoi ? »
Elle quitta la chambre sans rien ajouter.
Je restai assis sur le lit.
Pétrifié.
Sur Radio Aligre,
Cat Power venait d’attaquer
‘’Love & Communication’’.
Cette nuit là,
je pensai encore à elle
en descendant sa rue ;
là, le court voyage de l’amour mort,
après un bref passage par la tendresse ,
atteignit, rancœur subtile
l’indifférence de l’habitude.
C’était bien...
Dans mon baladeur,
sur un thème de Sam Barber,
Accentus
prenait chorus.
Maintenant je vis sur la mort.
Où que je regarde il n’y a personne
Je suis toujours entouré d’un espace vide et blanc
et je cherche des réponses
aux lézardes des murs.
****
L’espace entre les espaces
Déraison des horizons flous,
tout est semblable à tout.
Saturation sensorielle
dans les draperies du ciel,
rancœur subtile des runes
au cœur des caves de lune.
La femme aux yeux sombres
reste là sur l’autre rive,
à marcher sur un miroir
les yeux rivés aux couleurs vives.
Depuis si longtemps dans
les états de lumière,
oublieuse du monde,
elle espère être vieille
au fin fond de nulle part
d’un simple salut à la pierre
aux cent mille sentiments.
C’est si peu, c’est si tard...
Enfant nue dans sa vallée de lune,
ondoyante insinuation
peaufinée sur le métier du temps patient,
elle écrivait sur les ombres
au sombre luisant
les vibrations sauvages de ses yeux
et les suppurations pâles
des jours
suintant le long des murs obscurs
en sublimes visions
basquiennes.
Elle devint femme aux yeux sombres
en s’emmurant dans ses pénombres
Dans le désert soporeux aux soleils ogreux
les sonneries d’éveil ne trouvaient nulle oreille
et transformaient en lambeaux épineux
les pages de vie sous ces cieux soucieux.
Les oiseaux devenaient moroses,
indolents par la force des choses.
Les hommes sombres des sombres portes
dormaient vautrés comme des cloportes
Enroulée en boules au cœur des foules,
mortel péché de la mer, la houle
elle même s’encalminait dans la gestation
du prochain turbulent tourbillon,
tumultueux bien avant que d’être
malgré les objurgations des prêtres.
Elle seule sut demeurer prêtresse d’elle même
et formuler ses propres anathèmes
poursuivant l’immonde de ses yeux athées
jusqu’aux toits fuyants des mondes éclatés
en clarté cristalline de clairière
afin de parvenir aux états de lumière...
Ne demandez pas à la morne mer du temps
pourquoi les yeux de la femme aux yeux sombres
sont étranges et perdus sous la nouvelle lune.
L’univers entier agonise,
coin obscur dans les ténèbres
de l’espace entre les espaces.
****