Religion vs Spiritualité             par Jean-Claude Saint-Louis (*)

Il y a toujours eu conflit entre la religion et la spiritualité. La religion est dominante et centralisatrice ; elle est contre l’autonomie des gens qu’elle contrôle et contraint par la peur, l’émotion et même par la haine des autres. De son côté, la spiritualité est l’autonomie intérieure et l’absence du pouvoir sur les autres ; elle est la soumission au seul Dieu intérieur. La religion est basée sur l’observance et l’obéissance tandis que la spiritualité est basée sur la quête du Royaume en chacun de nous. Il peut y avoir de la spiritualité chez certains religieux, mais c’est malgré elle et non à cause d’elle.

La religion fonctionne selon le principe dominant dominé car il est très difficile d’exercer le pouvoir sur les gens en maintenant, chez eux, la disponibilité intérieure. Le pouvoir est le domaine privilégié de l’ego et celui-ci utilise émotions et sensations pour entretenir l’illusion que nous sommes séparés des autres ; l’illusion que nous sommes au contrôle ; que nous comprenons tout et que nous sommes plus élevés que les autres. L’ego, pour se sécuriser, cherche constamment à dominer ou à être dominé, soit en écrasant, condamnant ou en accusant ; soit en quêtant approbation, affection ou en se culpabilisant.

L’expérience spirituelle est la connaissance personnelle du divin au centre ou à l’origine de nous-mêmes, qui nous libère de la peur, du complexe dominant dominé et qui déclenche en nous, énergie, créativité et compassion. L’expérience personnelle est l’autonomie complète sous l’inspiration de notre Maître intérieur. Elle est une expérience individuelle, inviolable et incommunicable, qui change tous nos rapports et nos relations avec les autres et avec les choses.

C’est l’ego, avec son flot d’orgueil et de prétention, qui est le principal obstacle à la vie spirituelle. Pour nous en libérer, nous devons nous regarder sans leurre et reconnaître, dans la lumière, ce que Jung a appelé « son ombre », sans juger, mais sans refuser notre responsabilité. Nous devons dépister les replis du mensonge qui nous habite et persévérer dans cette voie jusqu’à l’épanouissement total. Voilà ce qui s’appelle la spiritualité. C’est ce que Jésus appelait son Royaume.

Lorsque la spiritualité se perd, que reste-t-il ? Une coquille vide « la religion » : cet ensemble de contrôles extérieurs, de contraintes par la peur et la culpabilité, exprimés dans des dogmes, des rites et des hiérarchies. La spiritualité est une affaire de cœur, de croissance et d’appel intérieur, exprimés dans une relation intime avec notre Dieu intérieur. On ne peut faire pousser une fleur en tirant sur ses pétales !

La religion n’a pas libéré l’être humain de ses peurs, au contraire. La raison est que l’être humain a, progressivement, abandonné la spiritualité pour la religion, autrement dit, le Royaume pour l’Église, ou l’appel intérieur pour l’autorité extérieure. La religion s’ingère dans notre vie, nous dictant, dans tous les détails, ce que nous devons faire et penser, abolissant ainsi toute chance de transformation intérieure, de découverte, par nous-mêmes, de notre voie personnelle, du sens de notre vie spirituelle, de notre cheminement par lequel nous pouvons grandir, sans être manipulés par un groupe, aussi pieux soit-il.

5 octobre 2007

 

(*) Jean-Claude Saint-Louis est canadien,membre du collectif  Portail d'Albert. Il écrit sur les courants de pensée et la spiritualité mais également de la poésie et des contes sur la nature et les animaux.

illustration de fond JLMi