Les vitesses de la justice

 

Dans le ‘’Voyage au bout de la nuit’’, Céline fait une analyse personnelle de la justice qui trouve encore sa pertinence aujourd’hui avec, entre autres :

la triste affaire d’Outreau, jugée puis déjugée, laissant sur le carreau l’ensemble des prévenus, vies brisées,

l’affaire ‘’Clearstream’’, - où comment les ‘’grands’’ s’arrangent entre eux, en cours d’instruction et,

l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris chapitre Guy Drut, jugée avec condamnation du prévenu mais, mais, la grâce présidentielle survint  !!!

 

Alors la parole est à Louis Ferdinand...

 

« Certes, nous avons l’habitude d’admirer tous les jours d’immenses bandits, dont le monde entier vénère avec nous l’opulence et dont l’existence se démontre cependant dès qu’on l’examine d’un peu près comme un long crime chaque jour renouvelé, mais ces gens là jouissent de gloire, d’honneurs et de puissance, leurs forfaits sont consacrés par les lois, tandis qu’aussi loin qu’on se retourne dans l’histoire – et vous savez que je suis payé pour la connaître – tout nous démontre qu’un larcin véniel, et surtout d’aliments mesquins, tels que croûtes, jambon ou fromage, attire sur son auteur immanquablement l’opprobre formel, les reniements catégoriques de la communauté, les châtiments majeurs, le déshonneur automatique et la honte inexpiable, et cela pour deux raisons, tout d’abord parce que l’auteur de tels forfaits est généralement un pauvre et que cet état implique en lui-même une indignité capitale et ensuite parce que son acte comporte une sorte de tacite reproche envers la communauté. Le vol du pauvre devient une malicieuse reprise individuelle, me comprenez-vous ?... Où irions-nous ? Aussi la répression des menus larcins s’exerce-t-elle, remarquez-le, sous tous les climats, avec une rigueur extrême, comme moyen de défense sociale non seulement, mais encore et surtout comme une recommandation sévère à tous les malheureux d’avoir à se sentir à leur place et dans leur caste, peinards, joyeusement résignés... »