Echos de Bretagne
Sentier en Ploumanac’h.
Le sentier des douaniers, en Ploumanac’h, offre un prodigieux
spectacle.
Une lande rase couvre difficilement la roche primitive. Vivante,
attentive, elle s’anime au moindre souffle d’air et les frêles épis de ses
herbes folles accrochent les rayons d’un soleil de crépuscule. Merveilleux
tapis d’un vert profond rehaussé çà et là de fines touches
impressionnistes jaunes et mauves,
écrin génial de majestueux chaos de granit rose.
Oeuvres légendaires de quelque géant poète de l’aube des
temps, ces amoncellements superbes défient les lois de l’équilibre afin de
mieux montrer l’impermanence de toute chose. L’œil et l’esprit restent
fascinés...
Une lande rase couvre difficilement la roche primitive. Vivante,
attentive, elle s’anime au moindre souffle d’air et les frêles épis de ses
herbes folles accrochent les rayons d’un soleil de crépuscule. Merveilleux
tapis d’un vert profond rehaussé çà et là de fines touches
impressionnistes jaunes et mauves,
écrin génial de majestueux chaos de granit rose.
Oeuvres légendaires de quelque géant poète de l’aube des
temps, ces amoncellements superbes défient les lois de l’équilibre afin de
mieux montrer l’impermanence de toute chose. L’œil et l’esprit restent
fascinés...

***
Balade à l’Île de Batz.
Comment découvrir cette île proche de la
côte? En suivant le ‘’sentier de bord de mer’’ , sorte de
‘’douaniers’’ local, que nous n’avions pas vu en quatre vingt dix huit
lors de notre première visite. Difficile de le décrire après une seule
marche, tout au plus peut-on noter certaines particularités. Les îliens usent
beaucoup des murets de pierres sèches, soit pour cacher les maisons de la rue,
ils font alors près de deux mètres de haut, soit pour marquer des parcelles,
prés ou champs.
Dans les prés, des chevaux. Ils paraissent
ici plus nombreux que les vaches. Dans les champs ce sont des alignements méticuleux
de pieds de pommes de terre butés de très belle manière. Hors ces parcelles
domestiquées, une végétation de bord de mer, rase, plate comme l’île elle
même dont le plus haut promontoire - qui culmine à quarante, cinquante mètre?-
est coiffé d’un phare. Aujourd’hui la brume en masque le sommet, c’est
dire visibilité dont nous disposons pour admirer le paysage!
Végétation de bord de mer riche en armérie
maritime aux fleurs roses, boules légères posées sur de longues tiges sortant
drues d’un nid bien rond de feuilles basses, en ajoncs nains dorés, en
euphorbes blanches. L’herbe que l’on peut fouler est très épaisse et très
souple sous au pied. Elle permet une marche agréable. Çà et là, des bosquets
de pins couchés et pelés par les vents dominants font des taches
sombres.
Au détour du chemin, une grève se découvre.
Désolation d’une poubelle de non bio dégradables jetés là par la mer,
morbides échantillons mazoutés de ce que l’homme fabrique aujourd’hui en
plastique, la variété des formes est saisissante. Peut-être que pour la
saison un nettoyage sera entrepris?
Plus loin, la maison du corsaire, ruine
d’une petite fortification de la fin du XVIII ème siècle, totalement protégée
de talus envahis de cette plante grasse, fleurissant jaune ou rose que l’on
nomme parfois gazon israélien, en référence à son utilisation dans le Néguev
pour fixer le sol et l’eau.
La légende dit que l’île, attaquée par
les anglais, fut défendue par ses habitantes, les hommes étant en mer. Comme
subterfuge, elles garnirent les fenêtres de cette maison forte de barattes,
dont les orifices, bien présentés furent pris pour des bouches de canons par
les assaillants qui se replièrent- en désordre?- et quittèrent les lieux...
Les granits battus par les vagues sont gris
ou beige rosé, striés de très nombreuses inclusions de quartzite quasi
rectilignes. Derrière un petit chaos rocheux, au lieu-dit Pors Ar Rouenn, un
pré. Surprise, des couples de goélands y nichent et semblent couver.
Parmi eux de grands goélands marins aux ailes noires. Au delà de ce pré, un
champ, cultivé, abrite aussi des goélands et, plus intéressant, quinze
tadornes de Belon, sorte de gros canard au plumage blanc, au cou noir et aux
ailes brun rouge. Certains oiseaux ont le bec surmonté d’un cale d’un rouge
vif, peut-être les mâles.
L’heure avançant, nous prenons le
clocher comme objectif et entreprenons de traverser l’île pour rejoindre
l’embarcadère au plus court. Au bout de deux ou trois chemins de champs, nous
arrivons sur une route goudronnée, légèrement ondulée. Dans un creux , bien
calée à l’abri des vents dominants, une mare accueille plusieurs couples de
cols verts et leurs canetons dont le groupe éclate à la moindre alerte , dans
un concert de coin-coins frêles. Au tournant d’une cour de ferme, un chiot
noir et blanc, de race douteuse, attend le promeneur et ses caresses probables.
Nous accédons ensuite à un dédale de
ruelles et de venelles, dessiné par des murets secs, hauts. Son organisation
est pensée afin de casser les vents quelque en soit l’origine cardinale. Au
mur sud de quelques maisons des rosiers déjà fleuris, jaune principalement.
Dans des jardinets des géraniums sauvages aux fleurs bicolores violet et
carmin. Sur un muret, une ancolie violette et beige surveille les jardins
alentour...
Des panneaux de signalisation pyrogravés
permettent de s’orienter sans difficulté. Nous arrivons donc sans encombre à
l’embarcadère avec vingt minutes d’avance sur le prochain départ, à seize
heures. A l’évidence, les rotations des vedettes sont les véritables
pulsations cardiaques de l’île. Anecdote, de la vedette descend une femme,
jeune, avec sous le bras son emplette faite à Roscoff: un pot d’échappement!
L’arrivée sur Roscoff donne à voir, à
droite, un haut clocher ajouré en candélabre sur trois niveaux. Au centre de
ce panorama, le bloc des maisons resserrées en chicanes autour de celle où
Marie Stuart trouva refuge. Toutes les issues en sont de style gothique breton,
une merveille. Venant droit vers la mer, une enceinte basse protège
aujourd’hui un jardin. Elle se termine par une échauguette qui devait à
l’origine dominer la mer mais qui aujourd’hui ne surplombe plus que le
bitume du parking de la criée. L’allure n’en reste pas moins élégante. Si
l’œil poursuit sa route vers la gauche, il ne peut manquer la haute
structure, moderne, de la balise. Plus à gauche encore, au sommet d’un
tumulus naturel couvert de pins, une minuscule chapelle blanche garde le port.
***
Le bocage au printemps.
Un enlacement sensuel
de vallons ombreux et de collines aux ondulations douces habillées de parcelles
de labours brunes, de prairies vertes
et de champs de colza d’un jaune dont la lumière fait mal aux yeux.
Assemblage naturel, digne du kesa d’un moine zen, ourlé des traces, à
l’infini parallèles, du passages des tracteurs.
Là, un fouillis de saules souligne la présence d’un ruisseau
sinueux; ici, nichés dans l’ombre d’un traou, les restes d’un petit
verger aux vieux pommiers mangés de gui.
Plus de talus pour soutenir le paysage et protéger les sols des
intempéries, seuls les arbres sont là, vestiges de ce passé perdu dans les
remembrements de la culture intensive. Alignements des ormes. Troncs boursouflés
et tordus, parfois éclatés, tourmentés de lierre, aux branches moignons
hurlant la vie aux nuées chargées de pluie qui passent, rapides, ou bien
troncs démembrés dominant la géométrie
précise de stères strictement alignés à leurs pieds. Certains semblent des
scolopendres à l’assaut du ciel. D’autres encore, troncs courts coiffés de
fortes protubérances rondes, laissent monter, droite, grêle au regard du
tronc, une seule longue branche qui se conclut par un
blaireau épanoui de courtes branchettes déjà reverdies.
Cà et là, le jaillissement des peupliers, à la chaude couleur
de rouille sèche de ce qui n’est déjà plus bourgeons mais qui n’est pas
encore feuilles, fins pinceaux ponctués de gui, piqués de nids de pie; la
fragilité des bouleaux aux troncs clairs, balais de brindilles brun rouge à
peine soulignés d’un duvet vert tendre; la blancheur des merisiers et des
prunelliers en fleurs; les brosses sombres des résineux; la rouille humide
d’un tapis de fougères brûlées par l’hiver encore récent.
Au loin, un village aux maisons tendrement serrées autour d’un
fin clocher ajouré. En deux ou trois lieux, dominant des vallons, disséminées,
les longères de schiste sombre de fermes solitaires coiffées d’ardoise, isolées
de tout. Seules des pies noires broutant ou ruminant signalent encore la présence
d’une vie. Rongée de verdure, l’une de ces bâtisses à la charpente
effondrée, aux murs de torchis lézardés et de bois tordus, achève d’être
digérée par une végétation avide.
Flottant au-dessus de tout cela, l’odeur fauve du colza mêlée
à la fragrance miellée des ajoncs.
***
Les bords du Léguer autour de Tonquédec.
La berge en sous bois est en pleine floraison. C’est, à
profusion, des jacinthes sauvages au bleu violet éclatant, des orties jaunes au
feuillage sombre, des aulx sauvages aux fleurs complexes d’un blanc pur, à
l’odeur alliacée, couvrant de grands espaces d’un tapis aux motifs aléatoires
verts et blancs, des élancements de feuilles de digitales qui protègent encore
les hampes florales, des populages jaunes semblant des boutons d’or, de hautes
saponaires rose, des primevères jaune tendre, des violettes aux tiges allongées
par la recherche de la lumière au coeur de cette exubérance végétale, des mélandres
rouges aux longues tiges vert clair et d’autres encore...
Rives de rêve pour un cours d’eau, si calme l’été,
aujourd’hui torrentueux , aux flots bouillonnants et sonores recouvrant les
roches des rapides dans de grands éclats d’écume ou percutant avec forces
les berges des îlots luxuriants lentement dissociés des rives au fil des ans.
Au creux des méandres le dépôt des sables a encore progressé et déjà la végétation
s’y installe, avide. Serait-ce des iris d’eau?
Les grands arbres du bord ont payé leur tribut à la tempête de
décembre, mais l’homme est passé, a tronçonné, nettoyé. Reste çà et là
des inclinaisons nouvelles, des troncs courbés semblant rendre hommage à la
rivière dédaigneuse. Ils en rejoignent d’autres en cela, courbés de longue
date, envahis de lierre dont les dernières proliférations viennent caresser la
surface ondoyante. Le cours des saisons a permis à d’autres hôtes de
s’installer aux creux plus ou moins profonds des départs de branches. Maîtresse
incontestée de cette colonisation tranquille, la fougère dont aujourd’hui
seules les crosses semblables à des ammonites signalent la présence.
Et là, impassible, abandonné, le vieux pont dont seul la moitié
du tablier a résisté au temps. Il domine, solitaire, ces déchaînements de
passions.

***
Sur le chemin de
halage du Léguer en remontant vers Lannion.
Dans cet aber l’effet de la marée se fait fortement sentir,
jusqu’en ville. Le paysage en est donc tributaire. A marée basse, c’est une
étendue de vasières juste coupée en son milieu par le Léguer. Rien ne vaut
donc ici la marée haute qui crée une large rivière molle qui ondule entre des
berges qui ne sont qu’une succession de collines très boisées tombant
abruptement dans la rivière. Ce quinconce d’ondulations porteuses de tous les
verts contraste vivement avec la platitude argentée
de l’étendue liquide tout juste jaspée des contrastes de courants.
Vision ô ! combien romantique en toutes saisons, aujourd’hui wagnérienne, du
Wagner de l’Enchantement du Vendredi Saint, grâce à la brume qui efface
graduellement le fond des perspectives.
Sur la rive droite, l’homme a bâti un chemin de halage. Sa
surface plane et son dessin fonctionnel, aux courbes adoucies afin de permettre
une progression sans heurt des barges, ne colle pas toujours
aux aléas du terrain. Par endroit le chemin laisse la paroi à quelques
mètres ce qui crée des mares au remplissage variable, envahies de branches
mortes et d’une végétation aquatique où curieusement dominent les asters au
côté des joncs. Sur les dalles de granit gris qui se découvrent çà et là,
s’accroche une profusion de plantes grasses et d’ajoncs ras. Partout
ailleurs le maître est sans
conteste le chêne soutenu par les châtaigniers, les genêts et les houx aux
fleurs blanches minuscules et duveteuses.
Les oiseaux, protégés, ont progressivement investi les abords.
Cormorans, goélands et mouettes rieuses forment le gros de la troupe. Hérons
gris, souvent perchés au sommet des arbres, et aigrettes blanches, arpentant précieusement
les rives complètent régulièrement le groupe. Parfois des oies bernaches
viennent se reposer aux bords des vasières, aubaine de nourritures pour des
migrateurs affamés.
Le marcheur trouve sur son chemin, en retrait, au creux de traous,
de petits confluents où de maigres ruisseaux viennent apporter leurs eaux
douces au Léguer. Le franchissement d’un seul d’entre eux nécessite un
pont de bois...
Profitant de l’une de ces sources et d’un traou plus large
mais fort pentu, un couvent s’est incrusté dans la berge. Isolé par un haut
mur, on peut cependant en saisir une vue de facture début du siècle. Au sommet
du mur, sur la gauche, dominant le chemin et une cale à forte inclinaison, aux
blocs disjoints, un petit pavillon hexagonal tout couvert d’ardoise, au toit
pointu, à l’air penché. Posé sur une terrasse, il jouxte une grande pièce
totalement vitrée, s’ouvrant sur le Léguer, construite depuis peu par les
nouveaux propriétaires. C’est la salle de musique de la violoniste maîtresse
des lieux, un lutrin de bois sculpté, bien visible, en attesterait si nous
n’y avions vu un jour l’artiste au travail. Ce court bâtiment protégé par
les lourdes ramures de pins parasols s’appuie sur le couvent proprement dit,
long corps simple de granit gris, à deux étages, érigé perpendiculairement
à la rivière, posé sur un rez de chaussé utile à compenser la pente. Le
premier étage, véritable rez de terrasse, n’est qu’un alignement de
quelques portes vitrées qui peuvent être closes par des persiennes peintes. Un
escalier extérieur, très quelconque, de bois toujours peint du même gris
triste, permet l’accès au second étage à une sorte de long
balcon-passerelle qui passe en revue une douzaine de chambres-cellules aux
portes-fenêtres étroites sous chiens-assis, aux huisseries traitées de la même
couleur. Derrière tous les carreaux, des rideaux blancs qui peuvent être de
dentelle. L’ardoise de la toiture, somme toute complexe, ne peut rien pour égayer
l’ensemble.

Une cour-jardin aux massifs fleuris surplombe une vieille
fontaine et son bassin qui se termine au verso du mur d’enceinte dont un trou
sert de déversoir. L’autre côté de cet espace agrémenté de rosiers est
occupé par une chapelle ancienne à l’évidence présente en ces lieux
bien longtemps avant les autres bâtiments. Au bout du mur d’enceinte,
à droite, une grille de fer forgé barre un chemin qui remonte derrière la
chapelle, rejoint le fond de la cour et grimpe vers une autre grille ouverte sur
une route. Cet ensemble architectural est sans réel caractère, il y règne
pourtant une sensation de calme feutré, de douceur tranquille, de réflexion
pour ne pas dire de méditation.
Un autre confluent, sur l’autre rive
abrite la coque de bois ventrue d’un vieux sablier qui se désagrège
lentement, marée après marée. Plus haut sur la même berge, presque à
Lannion, un quai sablier où s’amarrait naguère le Sir Cédric, coque métallique
de couleur rouge, pour décharger sa récolte extraite de la baie, face à
l’embouchure. Aujourd’hui désarmé, lui aussi vieilli et rouille chaque
jour un peu plus. Sur le quai, une vielle vedette de bois à la peinture écaillée,
pièce sous scellés dans une enquête pour meurtre depuis plus de dix ans, achève
de pourrir et s’écroule lentement sur son lourd secret.

Au retour s'offre une autre vision du même panorama. L’arrivée
sur Beg-Hent permet de surprendre
les bateaux de plaisance à l’ancre, tous bien alignés sur leurs corps-morts,
l’étrave tournée vers Lannion en ce début de marée descendante. Ici, le
spectacle est à l’inversion de marée, lorsque toutes ces embarcations
tournent lentement autour de leurs ancrages pour se positionner face au
courant...
***
Pointe de Bihit en Trébeurden.
Devant nous jaillit le chaos du Castel dit encore Père Trébeurden.
On devine, juste derrière, l’île Milliau où domine la maison d’Aristide
Briand qui, dit la rumeur, recevait là ses maîtresses et menait grand train.
Nous enfilons la longue courbe de la plage de Tresmeur, sensuelle et douce,
approche inévitable de notre destination. Au bout de la plage, le début du
sentier. Le parcours est assez difficile, le chemin accidenté; nous longeons la
mer à hauteur de falaise pendant un bon moment. Les aubépines, les fougères
et les ajoncs bordent la voie. Dans ce chemin, creux, la chaleur est lourde, étouffante.
Après un court virage, nous attaquons une pente douce au départ
puis escarpée qui sinue au milieu d’une large coulée d’ajoncs bas, en
pleine floraison, qui dévale jusqu’à la mer. Une brève escalade nous amène
au cœur d’une vénérable pinède, aux arbres tourmentés, au sol recouvert
d’une forte épaisseur d’aiguilles de pins; ça glisse, mais il y fait une
douce fraîcheur; on en sort au pied d’un chaos dont les fines lames de granit
gris, verticales, griffent un ciel
bleu tout juste tacheté de quelques légères
boules de nuages. Là, le sentier plonge.

Nous sommes alors le long d’un verger abandonné, enfoui sous
le lierre et les fougères naissantes. Au milieu de cette jungle, les vieux
pommiers se forcent à fleurir quand même. Quelques mètres plus loin, nous
arrivons aux rares maisons du bas de la Pointe. Nous prenons par la droite. Un
nouveau verger se débat sous une luxuriante végétation. Isolé, un pommier à
la forme torturée se montre. Il est en fait composé de deux arbres dont les
troncs ont fusionné grâce aux frottements incessants provoqués par le vent.
De cette fusion, à un mètre vingt du sol environ jaillit une seule branche
vers la gauche, horizontale, longue de quatre à cinq mètres. Cette forte
pousse unique supporte toutes les ramures porteuses de feuilles et de fleurs.
Forme merveilleuse en combien de temps as-tu trouvé cette perfection accomplie?
Le sentier devient plus escarpé et suit au plus près la découpe
de la falaise. La pente s’accroît soudain et nous attaquons un important
amoncellement granitique. Ici la végétation est rase. Des aubépines qui
pendent vers la mer ne mesurent guère plus de cinquante centimètres de haut.
Le vent a fait un bien meilleur travail que n’importe quel taille-haie tant la
régularité est grande. Une pose s’impose au sommet. Toujours ces aiguilles
de granit tendues vers le ciel. Le chemin est très étroit. Derrière elles,
changement de végétation. C’est une profusion de fleurs. Arméries maritimes
rose, ajoncs ras jaune d’or, rosiers sauvages à fleurs plates, jaune presque
blanc, à cinq pétales, quatre ou cinq variétés de fleurettes blanches, une
foule de jacinthes sauvages au bleu si caractéristique dans la lande et pour la
première fois cette année, des orchis en tapis fournis qui dressent fièrement
au-dessus de l’herbe leurs épis de fleurs d’un violet ou d’un carmin
vifs. Une merveille qui se déploie sur quelques petites centaines de mètres
carrés. Pourquoi à cet endroit? Au bout de ce superbe spectacle, de hautes aubépines,
des fougères qui déroulent leurs crosses au soleil, la lande classique. Après
une courte descente, une violente montée bordée de cette végétation vive,
piquante, avant un toboggan abrupt qui nous ramène aux maisons du bord de grève,
en bas de la Pointe.

Le
retour se fait par le chemin déjà parcouru à l’aller. Une randonnée
d’une heure et demi, belle, fatigante.
***

Toutes
les illustrations : JLMi