1989
Crépuscule sur la rivière Kwaï

Crépuscule sur Kwaï
1989 JLMi
Lors
d'un périple en Thaïlande, nous étions descendus deux jours au Kwaï Lodge,
un hôtel flottant amarré devant un magnifique jardin tropical. Le plancher de
bambou tressé était simplement fixé sur des flotteurs, bidons de deux cent
litres vraisemblablement de récupération. Trois radeaux composaient le Lodge.
Au centre l’accueil, le bar et le restaurant. De part et d’autre, les
chambres aux cloisons de bambou étaient alignées, portes donnant sur la rivière.
Un petit parapet de bois évitait d’y plonger par inadvertance. Des multitudes
d’orchidées étaient suspendues sur cette passerelle. Chaque soir, une
serveuse en sari les décrochait une par une et les arrosait en les immergeant
brièvement dans le courant…
Ce
jour là, il y avait eu une excursion sur le fleuve. Nous étions tous montés
sur un radeau pourvu de sièges et d’un dais pour assurer un peu d’ombre
pendant la journée. Il était tiré par une de ces pirogues que les mariniers
thaïs équipent d’un moteur de voiture, l’hélice allant jusque sous
l’eau par l’entremise d’un long et mince arbre d’acier…La large rivière
s ‘écoulait lentement entre des berges basses couvertes par la
luxuriance de la végétation des tropiques. Parfois, un espace défriché
permettait un accostage pour atteindre plus loin un ensemble de paillotes serrées
à l’orée des arbres. Un buffle pattes immergées se rafraîchissait…
Sur
le retour, nous fûmes pris par la tombée du jour. Les insectes et les
batraciens donnèrent le signal. Le bruit devint intense, complexe mais toujours
strident : coassements et stridulations s’opposaient puis faisaient cause
commune pour ce concert mouvant de fin d’après midi. Soudain la lumière
baissa …

Crépuscule sur Kwaï
1989 JLMi
A
l’ouest, sur la rive gauche, l’horizon s’enflamma. Les couleurs déclinèrent
en teintes pastel toutes les tonalités du jaune à l’orange, du bleu au
violet, de façons discontinues, par fines touches très étirées, juxtaposées,
impressionnistes. Les roses s’installèrent, les arbres devinrent ombres
chinoises aux délicates ciselures. Dans un dernier très bref sursaut, la lumière
repris tout son éclat puis s’éteignit. Nuit soudaine. Des eaux noires du
fleuve zébrées d’argent montaient de lourdes effluves porteuses d’une
brume légère qui lentement occupa tout le dessus des flots…
Nous
étions là, ébahis, saoulés d’images, stupéfaits par la sur-naturelle et
primitive beauté de ce spectacle.

Crépuscule sur Kwaï
1989 JLMi
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