Abstrait ou Figuratif ?

L'art de l'encre, perpétué en Asie au long des siècles par les lettrés et les religieux hors du carcan de l'académie impériale, tire toute sa force de l'instantanéité de la réalisation. 

Cette brièveté du geste final est le résultat d'une longue maturation intellectuelle. Lorsque l'esprit est prêt, le bras ''armé'' agit en ''un unique trait de pinceau''.

Plusieurs des courants de l'art contemporain occidental se sont inspirés de l'art asiatique. 

C'est dans l'expressionnisme abstrait - Etats-Unis - et l'art informel ( informalisme ) - Europe - que je retrouve parfois cet élan, cette spontanéité, le sujet  proposé au spectateur ouvrant nécessairement la porte à ...l'évasion.

C'est dans cette voie que je poursuis une recherche picturale, entre abstraction et figuration ...  

 

    Dernières toiles   

 

     

      

   

série "Ailleurs simple" d'après un recueil de Cathy Garcia

 

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 2003 ----> 2007

 

les toiles ici présentées sont  à vendre. Contacter le webmaster pour plus de détails.

 

 

            

     

   

    

    

 

 

 

 

   

 

 

" Notre univers n'est qu'un atome

au milieu d'innombrables univers"

Jack Kérouac in Dharma

 

Peindre, pourquoi ?  

"  l’art est le détour par lequel le rêve retrouve le chemin de la réalité. " Freud.

" ... où l’homme et la nature, inextricablement mêlés l’un à l’autre, fuient, changent et se dissipent,  apparences mouvantes, flot qui bouge, jeu d’ombres promenées sur la toile éternelle. "  Marguerite Yourcenar  / En pèlerin et en étranger .

" L’art est un anti-destin. " André Malraux / Les Voix du Silence

" Quand je suis dans le songe de l’art, le réel est une petite chose dure et sèche reléguée dans un coin du décor qui s’empoussière."  E.Chevillard / Au spectacle

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L’homme-peintre est venu au monde avec un besoin de vider son sac qui le prend périodiquement. Un besoin de dire son sentiment de la vie dans le monde d’aujourd’hui qui, sans la peinture, s’exprimerait dans la violence. Un besoin d’oser ne pas plaire en montrant l’horreur de la fatalité de la vie, l’absurdité métaphysique, l’irrémédiable du quotidien. Un besoin de libérer les formes de l’illusion par la rupture du trait et l’abandon du volume car seule l’expression picturale est irréductible à l’absurde. Il cherche au tréfond la possibilité d’un autre degré de probabilité qui se trouverait dans l’expression d’évènements imprévus surgis de l’ordre établi d’un système et qui en bouleversent le code. Cette quête est une métabolisation du sujet qui le conduit à ne plus le comparer mais tout simplement à le ressentir avant de ‘’l’éjaculer’’ sur le média.

L’homme-peintre s'est mis à ses pinceaux, à ses couleurs et à ses encres à cause d'un ‘’incident’’ qu'il ne révélera jamais sous son aspect authentique parce que cela lui est impossible. Mais il ne tient qu'à vous spectateur de le reconstituer à la lumière de votre propre expérience et tant pis si vous vous trompez. Finalement cela n’a guère d’importance.

( Je me suis inspiré ici d’une certaine idée que Louis Calaferte avait de l’écriture et qui me semblait particulièrement adaptée à la manière dont je peins )

 

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La Matière

 

En travaillant sur des papiers aux grammages extrêmes, soit à l’aquarelle – séries Aqua et Etats de Big Bangs -, soit à l’encre – les Figures ( voir plus loin )-, j’use du support comme d’un média neutre c’est-à-dire qui n’entre pas dans la composition en temps que tel avec deux techniques,  toutes d’instantanéité, qui ne permettent pas la retouche, ce qui est pour moi très important. Les teintes agissent par diffusion, superposition ou dilution. Elles n’apportent aucune épaisseur proprement physique.

Avec l’acrylique il en va autrement. Un empâtement de matière est possible pour accrocher différemment la lumière tout en conservant l’impératif de l’instantanéité sans retouche.

Ces couleurs que je trouve le plus souvent dans les gammes de ménage, et non dans les gammes pour artiste, se présentent sous des formes brillantes, satinées ou mates permettant une variation des jeux de lumière conduisant à des contrastes intéressants comme les noirs clair ou foncé par exemple ou bien à des effets d’hydrophilie ou d’hydrophobie selon le support. Ainsi sont nées les Séries Noires et l’ensemble Solitude.

J’utilise également la matière pour former un fond qui participe de la composition. Je tire ainsi profit de sable, de terre, de pierre, de bois, d’enduit de rebouchage, de caoutchouc liquide, de cire, de treillis de verre, de papier, de tissus... déposés sur toile, sur carton ou sur bois, isorel le plus généralement.

Ce fond utilisé tel quel ou traité au blanc devient le support pour l’acrylique ou l’encre, couleurs dispensées à l’aide de pinceaux, de spatules, de règles, de morceaux de bois, de compte-gouttes, de seringues... ou directement au tube ou à la bouteille en gestes spontanés défiants tout projet de retouche. S’inscrivent ici la série Temps aux grasses ponctuations de matière  aux formes molles ou encore les White Rags, morceaux de tissus, sans histoires identifiées, détrempés de colle puis projetés et agencés  sur une toile en drapés aux saisissants reliefs. Ces fonds, blanchis, sont animés de quelques taches et coulures noires, calligraphie nécessaire et suffisante à l’incitation à l’évasion.

En dehors des producteurs de volume ou d’effets visuels, la matière peut venir d’objets et conserver en première lecture la signification de leurs usages antérieurs. J’en protège donc  scrupuleusement la forme et les motifs pour conduire à travers eux une décantation, une subtilisation de la matière et en assurer ainsi la continuelle évolution.

Dirty Towells

Du vieux linge de toilette mémoire des corps qu’il a si souvent séchés.

Linge de famille que l’on associera aux corps des enfants ou aux corps des vieillards qu’il nous fallut aider, accompagner, dans leurs soins quotidiens.

Linge d’hôtel qui évoquera la fugacité d’amours de couples libres de laisser vivre leurs corps passionnés. Les nôtres ? Et après ! D’autres ? Quelle importance !

Linge blanc, couleur retenue à dessein car la plus à même de recueillir sans les déformer les empreintes de couleurs, comme naguère les empreintes des corps qu’elles suggèrent.

Blanc couleur de pureté ou bien couleur de deuil.

Blanc couleur de Vie, d’Amour et de Mort.

Les autres couleurs, traces suspectes, spontanées, subjectives, sont telles souillures nauséeuses. Impures ? Nullement. Justes là pour redonner vie à l’ inerte immaculé. Pour inciter l’expression de la mémoire dans les méandres des souvenirs... bien au-delà des apparences.

Dirty Dishcloths

Du vieux linge de maison qui, neuf, participait de la quotidienneté. Images de labeur mais aussi images de fête, finalement bornes du fil de nos vies.

Linge en déclin qui termine sa carrière dans le ménage, le bricolage, tâches toujours aussi simples, tâches de la vie.

Les leurs ou les nôtres ?

Couleurs et déchirures s’y mêlent pour en dire les joies, les jeux et les ingratitudes.

Dirty Cloths

Association d’un t-shirt usagé et d’un vieux jean. Complicité de l’uniformité vestimentaire d’aujourd’hui détruite par l’arrivée de l’acrylique et de l’encre. Affirmation possible d’une sensibilité, d’une personnalité...

Dirty Sail

La trinquette au rebus, à la couleur brune délavée par les embruns et les paquets de mer conduit au rêve, à l’évasion de soi dans les régates ou les raids en solitaire selon bâbord et tribord...

Dirty Sheet

De vieux draps peuvent devenir signifiants à travers ceux qui ne peuvent en avoir et devenir prise de position politique face à un monde déglingué. D’un effet de tissage peuvent jaillir les barreaux qui retenaient Florence et Hussein. D’une broderie de parure peut éclater l’évidence d’un paradoxe : Auschwitz/Sabra & Chatila, comme écho d’une tonalité complémentaire à New York /Kaboul chanté par Axelle Red & Renaud... 

Cette toile a été d'ailleurs été retenue par le poète belge de langue française Werner Lambersy pour illustrer son poème ''Le Squelette qui Pleure'' dans le numéro spécial de la revue ''A l'Index'' qui lui est consacré sous le titre ''La Nostalgie de l'Hérésie'' paru en novembre 2006.

 

La matière peut aussi intervenir par la seule surface de sa destination première, mais m'offrir des difficultés spécifiques. J’ai ainsi utilisé du Carrelage pour créer des  calligraphies isolées ou composites créés à l'aide de peinture pour verre de grande viscosité. 

Usage également de Poteries crues préparées par mon ami Paul Gallet, assiettes ou plats, pour créer des motifs à l’aide de pigments minéraux avant émaillage ivoire et cuisson à haute température, objets présentés à la Poterie des Korrigans à la Clarté en Perros-Guirec.

 

Autre apport de matières sans volume, la photo, le dessin, de vieilles lettres, d’anciennes cartes ou partitions... utilisés en Collages.

Le fond induit très directement la suite proposée au pinceau. Acrylique et encre viennent soutenir, amplifier ou révéler la signification voire ouvrir la voie au rêve.

L’enluminure permet de proposer des voyages sur d’anciennes cartes ou partitions ou bien sert de trait d’union entre les éléments d’une histoire contée par des photos et des dessins associés.

La lecture de carte au pinceau permet de faire jaillir d’un territoire un visage ou un ensemble d’êtres plus ou moins hybrides qui poussent souvent ma réflexion sur le sens politique de l’action des gens révélés, des choses et des situations dévoilées ce qui induit le sens donné dans la finition de l’œuvre. Ces deux approches restent susceptibles d’une certaine spontanéité si importante pour moi.

En revanche, la calligraphie expressionniste abstraite, toute de spontanéité, devient la forme privilégiée sur de vieux courriers, ouverture à la comparaison des signes et à la recherche de leurs significations profondes, bien au-delà des apparences.

 

Les Figures

 

Je dessine depuis fort longtemps. J’entends par-là que je ne me souviens plus quand cela a commencé. Mes premiers ‘’visages’’ datent de l’adolescence. Aucun modèle, simplement des visages sortis de l’imaginaire. A l’époque, très révoltés – rockers - pour la forme mais aussi très empreints de condition humaine, des difficultés des plus démunis.

Les Trente Glorieuses démarraient à peine. Le quartier du Marais n’était alors qu’un écosystème proche de l’insalubrité, un melting-pot de cultures et de religions très diverses, peu courant à l’époque, rendu cohérent et solidaire par sa précarité même.

Ce besoin de visages était en quelque sorte une quête de l’autre, un autre tout paré de facettes, parcelles de l’Autre !

Le crayon, le stylo à bille ou la plume, mes outils d’alors, ont limité l’essor de ce travail par la rigidité – la dureté - d’usage que j’y trouvais.

Restaient l’architecture, certains paysages… J’ai donc évolué vers l’aquarelle mettant à profit, aux côtés du trait, la transparence des teintes sur un papier avide, pour ‘’bâtir’’ les images de vues prises pour modèles. La Côte de Granit Rose en fut source. Jusqu’à la répétition...  

La découverte récente de la douceur de l’encre conjuguée à ‘’la tendresse du papier et à la caresse du pinceau’’, fut une révélation. Un long pinceau souple plus ou moins gorgé d’encre glissant ou projetant  délicatement sur une fine peau de papier posée sur le sol devenait le fidèle et instantané traducteur d’émotions dans une calligraphie expressionniste abstraite sans retouche possible. Pour souligner parfois d’une touche de couleur, je choisis l’acrylique, peinture à l’eau qui ne supporte pas non plus la retouche.

De traits en signes, de formes en taches, de blancs en pleins, des visages ont de nouveau vu le jour, de plus en plus nombreux. Rien ne venait plus freiner la liberté intuitive du geste. De la multitude des possibles jaillissait alors en quelques coups de pinceaux un visage, une ‘’figure’’. L’informe accouchait de la forme. Je pouvais dès lors ‘’produire’’ la diversité.

Afin de rendre celle-ci sensible, il faut ensuite associer ces visages, recomposer des assemblées de figures rieuses ou tristes, fines ou frustres, vivantes ou mortes, confronter le spectateur à un agglomérat de regards dans lesquels les vides sont toujours plus signifiants que les pleins.

Les agrégats ainsi obtenus dans les séries de Seize Figures Noires de très grandes tailles ou dans les Six Figures Rouges confrontent à la diversité, suggèrent pour moi la fuite du temps et concrétisent l’impermanence avec une grande simplicité de moyens.

Il est ensuite possible de pousser plus loin cette approche analytique par la suggestion de la métamorphose d’un visage-sujet en un visage-objet, véritable subtilisation de la matière pour aboutir à l’évidence de la nature con-fusionelle du vivant et de l’inanimé, de leur harmonie - hors de toute volition et de tout ‘’état-d’âme’’ – par la seule processivité naturelle, mais aussi de leurs inéluctables issues dans l’indifférencié du Sans-Commencement.

Ainsi en va-t-il des Chaises et des Métamorphoses... présentées dans le cadre de « Chaises d’artistes » à la galerie Ty Art Show de La Clarté en Perros Guirec de juin à septembre 2005.

 

Certaines de ces toiles furent exposées au 3ème Festival d’Art Contemporain de Perros Guirec en novembre 2005

La série complète des Seize Figures Noires a été également présentées de janvier à mars 2006 à la Galerie Ty Art Show

Dirty Sail était exposé à la Créperie des Vieux Gréements de mai à juillet 2007.

Quelques petites toiles et dessins sont présentés depuis juillet 2007 à la Poterie des Korrigans à La Clarté en Perros Guirec

 

 

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