La
mort d’une femme
Depuis
trois semaine, elle se débattait contre la vie. Ses douleurs dans la poitrine
avaient conduit le médecin de la maison de retraite à l’envoyer dans un hôpital
gériatrique.
Là,
elle fit deux infarctus en quelques jours, dont le second très sévère au dire
de l'interne. Elle en ressortit pour retomber dans les conséquences de ces deux
accidents, l’insuffisance cardiaque.
Depuis
vendredi, elle ne s’alimentait pratiquement plus. Lundi, elle nous disait
qu’elle en avait assez de traîner comme çà, que c’était la fin. Elle
recherchait un geste, un contact, la pression d’une main... Hier, elle était
encore plus diminuée, avec une élocution totalement incompréhensible, avec de
grandes difficultés respiratoires.
Ce matin, vers huit heures, son état
s’est aggravé, son arythmie s’est amplifiée, son souffle a filé puis, à
huit heures trente, tout était dit...
L’hôpital nous a prévenu. Nous nous sommes retrouvés là-bas vers onze
heures. Le toubib nous a expliqué sa fin, puis je suis allé la voir, seul.
Elle
était toujours dans sa chambre. Seuls ses épaules et son visage dépassaient
de la couverture. Sa tête reposait sur un oreiller haut. Ses cheveux tirés en
arrière laisser voir ses tempes et le haut de son front dégarnis. Celui-ci était
blanc et contrastait avec le reste du visage qui semblait jaune. Ses yeux cernés
de violet étaient à demi ouvert. Son nez, d’habitude si discret était ici
proéminent et pincé. Sa bouche édentée baillait, entrouverte. Son cou
sortait du col d’une veste de pyjama rayé gris argent et blanc du plus bel
effet...