Mon père

Mon père est mort lorsque j’avais six mois. Je dis mon père car il est difficile dans ces conditions de pouvoir dire papa; d’ailleurs je ne l’ai jamais dit à quiconque... je ne l’ai jamais pensé de quiconque non plus,  pas même de lui !

Mon seul souvenir  “  visuel ” de lui vient d’il y a peu.

Pour des raisons économiques, évidentes à l’époque, Maman n’avait pu faire qu’un trentenaire pour sa sépulture. Au terme de cette période il fallu qu’elle décide. Elle choisi le relèvement et la mise dans une tombe qui serait également la sienne un jour. Elle en a profité pour régler, à l’avance, tous les détails de son enterrement...

Le relèvement est quelque chose de très officiel; à ce point qu’un membre de la famille doit y participer en même temps qu’un officier de police. Peur d’un détournement de dépouille ?

Toujours est-il que j’assurais cet accompagnement à la demande de Maman qui ne souhaitait y participer.

Le jour prévu je me suis donc rendu au cimetière parisien de X, jusqu’à la tombe de mon père à laquelle j’avais rendu visite chaque année depuis ... toujours.

Le fossoyeur et le flic étaient déjà là, nous avons pu commencer. 

Finir serait un terme plus juste car la tombe était totalement ouverte, creusée, dégagée; au fond du trou, aux pieds du fossoyeur, une petite boîte en bois de la taille d’un cercueil de bébé en bois noirci. Dedans, mon père, du moins ce qu’il en restait après des années d’inhumation : quelques petits morceaux d’os, un fémur ou un os approchant et... un crâne intact avec une grande mèche de cheveux  noirs sur le côté gauche...

Le fossoyeur a dit alors : " Çà va ? Je peux fermer ?”.

Après m’avoir consulté du regard, le flic a répondu avec un léger haussement d'épaule : “ Oui, bien sûr! ”  puis il m’a serré la main avec un air de commisération factice.

Je suis parti.

 

retour accueil rubrique