L’Europe des crétins


par Michel ONFRAY philosophe, écrivain 
( texte de 2005 ) 

Les gens qui vont voter Non à la constitution européenne sont des crétins, des abrutis, des 
imbéciles, des incultes. Petit pouvoir d’achat, petit cerveau, petite pensée, petits sentiments. 
Pas de diplômes, pas de livres chez eux, pas de culture, pas d’intelligence. Ils habitent en 
campagne, en province. Des paysans, des pécores, des péquenots, des ploucs. Ils n’ont pas le 
sens de l’Histoire, ne savent pas à quoi ressemble un grand projet politique. Ils ignorent le 
grand souffle du Progrès. Ils crèvent de peur. 

Jadis, ces mêmes débiles ont voté non à Maastricht ignorant que le oui allait apporter le 
pouvoir d’achat, la fin du chômage, le plein emploi, la croissance, le progrès, la tolérance 
entre les peuples, la fraternité, la disparition du racisme et de la xénophobie, l’abolition de 
toutes les contradictions et de toute la négativité de nos civilisations post-modernes, donc 
capitalistes, version libérale. 

L’électeur du Non est populiste, démagogue, extrémiste, mécontent, réactif. C’est le prototype 
de l’homme du ressentiment. Sa voix se mêle d’ailleurs à tous les fascistes, gauchistes, alter 
mondialistes et autres partisans vaguement vichystes de la France moisie, cette vieille lune 
dépassée à l’heure de la mondialisation heureuse. Disons le tout net : un souverainiste est un 
chien. 

En revanche, l’électeur du Oui est génial, lucide, intelligent. Gros carnet de chèque, immense 
encéphale, gigantesque vision du monde, hypertrophie du sentiment généreux. Diplômé du 
supérieur, heureux possesseur d’une bibliothèque de Pléiades flambant neufs, doté d’un savoir 
sans bornes et d’une sagacité inouïe, il est propriétaire en ville, urbain convaincu, parisien si 
possible. Il a le sens de l’Histoire, d’ailleurs il a installé son fauteuil dans son sens et ne 
manque aucune des manies de son siècle. Le Progrès, il connaît. La Peur ? Il ignore. Le 
debordien Sollers, le sartrien BHL et le kantien Luc Ferry vous le diront. 

Bien sûr le Ouiste a voté oui à Maastricht et constaté que, comme prévu, les salaires s’en sont 
trouvé augmentés, le chômage diminué et fortifiée l’amitié entre les communautés. Le votant 
du Oui est démocrate, modéré, heureux, bien dans sa peau, équilibré, analysé de longue date. 
Sa voix se mêle d’ailleurs à des gens qui, comme lui, exècrent les excès : le démocrate 
chrétien libéral, le chiraquien de conviction, le socialiste mitterrandien, le patron humaniste, 
l’écologiste mondain. Dur de ne pas être Ouiste... 

Citoyens, réfléchissez avant de commettre l’irréparable !